Participer à la prochaine élection présidentielle est une collaboration, au sens que nous lui donnions dans les années 50, avec le régime anti-démocratique en place, visant, incontestablement, à le renforcer et à le pérenniser.
Toute candidature se proclamant de l’opposition au système est une imposture dont le peuple algérien n’est ni ne sera dupe de l’escroquerie politique à l’œuvre.
La promotion de candidats affublés de toutes les qualités faites de professionnalisme, de patriotisme, de réformisme, de modernisme, de jeunisme, est déjà lancée dans les médias, les journaux affidés du pouvoir, les réseaux propagandistes et les forums orientés.
Le moindre coup de barre vers le pouvoir établi, comme l’ont fait le Parti des travailleurs de Louisa hanoune et le Front des forces socialistes de Hocine Aït Ahmed – ces deux partis qui formaient, jusqu’à leur ralliement, l’opposition la plus radicale – est une défaite de toute l’opposition à un système dominateur, corrompu et illégitime, n’étant pas l’émanation de la volonté générale.
« Chaque idée fausse que nous traduisons en acte est un crime contre les générations futures. Nous sommes donc tenus de punir les idées fausses comme d’autres punissent les crimes […] », écrit Arthur Koestler dans son fameux roman « Le zéro et l’infini ».
Participer à la prochaine élection présidentielle est une idée non seulement fausse mais mauvaise, nuisible et dangereuse. Nuisible et dangereuse pour le peuple, nuisible et dangereuse pour la démocratie, nuisible et dangereuse pour l’Algérie qui a besoin de changements profonds. A défaut de réformes urgentes, ouvrant sans aucune contrainte législative et administrative les champs politique, syndical et médiatique, la révolution deviendrait inéluctable.
La voie électorale, un leurre qui ne devrait, en principe, berner personne, sert, en l’état politique actuel, exclusivement les intérêts d’un pouvoir qui ne veut rien céder en rien.
Les élites électoralistes, à l’exemple de celles des années 50 qui se sont fourvoyées, prétendent pouvoir réformer pacifiquement le système dans le cadre de la « légalité ». A chaque fois qu’elles ont joué à ce jeu légal mortifère pour défendre leurs seuls privilèges, les élites ont fait reculer de plusieurs décennies la souveraineté du peuple algérien sur ses institutions qui doivent être son authentique émanation. Parce qu’elles se moquent des lois démocratiques pour obéir aux règles militaires.
La preuve en est que l’ancien ministre de l’économie, Ghazi Hidouci, qui, par ailleurs, plaide pour l’autonomisation des espaces sociaux, attend – contradiction ? – que l’armée ou sa haute hiérarchie fasse appel à son ami Mouloud Hamrouche, seule personne, selon lui, « à pouvoir être écoutée. » « Pas par les rentiers ( ?), dit-il, mais par les militaires qui auront peur de l’évolution de la situation. Mais, ajoute-il, seront-ils prêts à faire ce compromis et à le solliciter ? ». « Pour l’instant, conclut-il, il n’a pas été appelé […] ». (Voir TSA du 4 novembre 2013).
Curieuse conception de la démocratie et de l’autonomie, curieuse façon de restituer au peuple son droit de disposer de lui-même.
Les élites qui nous assomment de ce « sens de l’Histoire » qui n’a même plus de sens, alors que, selon le mot de Camus, elles « n’ont jamais placé que leur fauteuil dans le sens de l’histoire », sont prêtes à toutes les compromissions pour exercer une part infime du pouvoir délégué.
Ces mêmes élites ont abandonné le champ de la défense des valeurs nationales et démocratiques pour assouvir leurs intérêts égoïstes que Julien Benda appelle dans « La trahison des clercs » les « intérêts pratiques ».
Même si les mensonges servent, en effet, mieux l’Histoire que la vérité, celle-ci finira bien par s’imposer.

 

Brahim Younessi