Réflexions sur le Congrès de la Soummam
Benyoucef BEN KHEDDA

Rappelons brièvement le contexte historique de l’époque.

Rappel historique
On sait que l’insurrection algérienne a été déclenchée par les éléments du CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action) tous issus de l’OS (Organisation Spéciale) branche armée du PPA-MTLD, à la suite de l’éclatement de la direction de ce parti en deux factions : Comité central et Messali.

La direction de la Révolution passe alors aux «6» du CRUA qui sort au grand jour le 1er Novembre 1954 sous l’appellation du FLN (Front de libération nationale).

Le partage des responsabilités entre eux, après leur réunion du 23 octobre 1954 à Bologhine (ex-Saint-Eugène), s’était fait ainsi :

Zone 1, Aurès-Némencha, Mustapha Ben Boulaïd,
Zone 2, Nord-Constantinois, Mourad Didouche,
Zone 3, Kabylie, Belkacem Krim,
Zone 4, Algérois, Rabah Bitat,
Zone 5, Oranie, Mohammed Larbi Ben M’hidi.
(Les zones seront remplacées par les wilayate après le Con-grès de la Soummam).

Quant à Boudiaf, désigné par ses pairs «coordonnateur», il s’envole pour le Caire porteur de la Proclamation du 1er Novembre 1954 qui sera lue sur les ondes de Sawt-El-Arab, la Radio du Caire, dans la nuit du 31 octobre au 1er Novembre 1954 par Ben Bella.

Ben Bella, Aït Ahmed et Khider, établis dans la capitale égyptienne où ils représentaient la délégation extérieure du PPA-MTLD avaient entre-temps opté pour le CRUA et avec les «6» ils constituaient à «9» la première direction du FLN.

Avant de se séparer à Bologhine, les premiers s’étaient donnés rendez-vous au 12 janvier 1955 pour faire le point de la situation, malheureusement les événements surgis de la guerre ne leur ont pas permis de se rencontrer.

Didouche meurt le 12 janvier dans un combat face à l’ennemi.

Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la frontière tuniso-libyenne, en se rendant au Caire afin d’activer l’entrée des armes promises.

Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter les armes et organiser leur acheminement en Algérie.

Abbane libéré le…janvier 1955, après 6 ans de détention, regagne son village natal, où il est rejoint par Krim et Ouamrane.

Bitat est arrêté le…mars 1955. Ouamrane lui succède à la tête de la zone 4 et confie, en accord avec Krim, la responsabilité d’Alger à Abbane.

Le PCA (Parti communiste algérien) a éclaté, à cause de sa composition mixte formée d’Européens et de Musulmans et de sa sujétion au PCF (Parti communiste français) allié au parti socialiste de la SFIO au sein du Front républicain qui votera la loi sur «les pouvoirs spéciaux» destinés à renforcer l’armée de répression en Algérie. Le PCA sortira discrédité aux yeux des masses algériennes.

Les messalistes sont majoritaires en France où une lutte sanglante et meurtrière est engagée entre leur parti : le MNA et le FLN, dont l’enjeu est l’émigration algérienne forte de 300 000 et d’où ils envoient fonds et instructions à leurs maquis, actifs en Kabylie, au Sud et à Alger-ville.

Mais le gros problème demeure la minorité européenne, forte d’un million d’habitants (sur 10) qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et où ils tiennent les leviers de commande. La Révolution grandissante inquiète ce bloc raciste et colonialiste qui commence à se fissurer. Des individus et des groupuscules appartenant aux trois confessions catholique, protestante et juive (catholique surtout), émus par les massacres des civils musulmans prennent position contre la répression. Cependant, la grande majorité fait confiance à l’armée et au gouvernement de Paris.

Sur le plan politique

En dehors des tracts et des communiqués paraissant occasionnellement, le FLN n’avait pas de journal pour s’affirmer sur le plan public, faire connaître ses positions politiques, relater les exploits de l’ALN, les massacres et tortures de la police et de l’armée françaises.

Il y avait un vide syndical dû à la faillite de la CGT (Confédération générale des travailleurs) d’obédience communiste.

Les étudiants et les quelques intellectuels qui avaient adhéré au Front posaient déjà des questions d’ordre idéologique : nature de l’Etat algérien indépendant, réforme agraire, problèmes sociaux, etc.

Abbane créa alors une commission dont le résultat se traduira dans le Projet de la «Plate-forme de la Soummam». Parallèlement se poursuivait grâce à un noyau de militants d’Alger l’encadrement de la population, dans une infrastructure spécifique : la zone autonome d’Alger avec deux volets politique et militaire.

Sur le plan militaire

Les maquis avaient fini par faire leur jonction. Cependant des conflits frontaliers éclataient à l’exemple de la zone 2 s’opposant à la base de l’Est pour le contrôle de la bande frontalière.

Dépassements, encadrement déficient, structures différentes d’une zone à l’autre caractérisaient l’ALN. Son extension dépendait étroitement de l’armement et les promesses faites à l’extérieur ne se réalisaient pas. Les armes manquaient terriblement. Ce fut la cause principale de l’arrestation de Ben Boulaid, et c’est pour armer les djounoud que Zighoud Youcef lança sa fameuse opération du 20 août 1955.
En France

En France l’Algérie est devenue la première préoccupation du gouvernement et de l’opinion publique.

En mars 1956, le Front républicain socialo-communiste a remporté les élections législatives et Guy Mollet, chef de la SFIO, est porté au pouvoir. Grâce aux «pouvoirs spéciaux» qui lui furent votés par la nouvelle assemblée, le gouvernement de gauche augmente le potentiel de son armée. De 200 000 hommes en 1956, l’effectif de cette dernière va s’élever à 400 000. En même temps, Guy Mollet lance son triptyque : cessez-le-feu, élections, négociations. Son idée était d’obtenir la reddition de l’ALN. Après quoi, il organiserait des élections en vue de dégager des «élus» avec lesquels il «négocierait». Un moyen d’imposer une solution militaire.

Pour le FLN, il n’y avait pas d’autres perspectives que la guerre.

Sur le plan international

A l’ONU, lors de la 10e session, les délégués arabes ont tenté d’inscrire la «question algérienne» à l’ordre du jour. Elle a été repoussée par la majorité acquise à la France et ses alliés.

L’attitude des gouvernements arabes, bien que favorable à l’Algérie, particulièrement de l’Egypte, est sujette à des fluctuations sous la pression de la France qui monnaie l’aide économique et financière. Le porte-parole du FLN à la radio Sawt el Arab, libre jusque là, est censuré. Le danger est grand de voir la Révolution algérienne instrumentalisée par Djamel AbdEnnasser qui jouit d’un immense prestige auprès des masses arabes du Golfe à l’Atlantique.

Le colonel Fethi Dhib, chef des services spéciaux égyptiens, manœuvre dans ses rapports avec les membres de la délégation extérieure où il privilégie Ben Bella s’ingérant directement dans les affaires du groupe, créant animosité et disputes entre eux.

Un gros problème se posait à la direction du FLN partagée entre Alger et le Caire, celui des positions officielles devant tel ou tel événement, telle ou telle question pesant sur le cours de la Révolution : ainsi l’ouverture des négociations qui pouvaient ébranler la cohésion politique du FLN et semer la division, cette maladie mortelle des révolutions. Jusqu’ici, l’identité de formation des dirigeants issus tous du même parti : le PPA-MTLD, avait empêché l’éclatement. Mais le danger pouvait survenir devant les initiatives de la France.

Déjà des dissonances apparaissaient entre Abbane qui affirmait : «Pas de négociations sans la reconnaissance préalable par la France de l’indépendance algérienne», pendant que de son côté Khider au Caire parlait d’«Assemblée nationale constituante».

La France ne se privait pas d’exploiter ces contradictions. Et quand les journalistes posaient aux officiels français la question des «négociations», ceux-ci répondaient invariablement «Avec qui ? », et parlaient de «fait national algérien», de «table ronde» destinée en réalité à noyer le FLN dans un magma de partis sans représentativité : MNA, PCA et autres formations et personnalités musulmans et européens.

S’il existait des commandements à l’échelle zonale, si au Caire la délégation extérieure assurait avec plus ou moins de bonheur la représentation du FLN, par contre il n’existait pas une direction centrale coordonnant les activités du FLN, politiques et militaires, nationales et internationales constituant une autorité en mesure de se poser en interlocuteur valable vis à vis de l’adversaire, porte-parole de la Révolution et du peuple algérien.

A un moment donné il fut question d’une direction de «12» membres : six de l’intérieur (Ben Boulaïd, Zighoud, Krim, Bitat, Abbane, Ouamrane) et six de l’extérieur (Ben M’hidi, Ben Bella, Aït Ahmed, Khider, Debbaghine, Boudiaf).

Un des sujets de discorde qui ne cessait de tendre les rapports entre Alger et Le Caire, c’était les éléments envoyés d’Alger pour représenter le FLN sur la scène internationale et qui étaient contestés par ceux du Caire : Ferhat Abbas, Tewfik El Madani, Kiouane.

Dans chaque lettre adressée au Caire, Abbane revient à la charge sur la question des armes où il parle de «carence». C’est pour tenter de régler tous ces problèmes politiques, militaires et autres et désigner la direction offi-cielle du FLN absente de la scène politique depuis 2 ans qu’Abbane finit par prendre l’initiative de s’adresser aux chefs de maquis en vue d’une rencontre. Il avait déjà l’accord de Krim (Kabylie), Ouamrane (Algérois) ; il n’arrive pas à joindre Ben Boulaïd évadé de la prison de Constantine depuis novembre 1955. A Youcef Zighoud (Nord –Constantinois) il délègue Saâd Dahlab ; et c’est ainsi que le futur négociateur d’Evian inaugure son activité diplomatique au FLN. Zighoud adhère pleinement à l’idée. Les éléments qui étaient à l’extérieur sont également touchés. Seul Ben M’hidi rentrera à Alger en mai 1956. Je ne connais pas exactement les motifs pour lesquels les membres de la délégation extérieure n’ont pas suivi l’exemple de Ben M’hidi. Ceux d’entre eux qui sont encore ne vie peuvent nous éclairer.

Le Congrès et ses décisions

Le Congrès se réunit, comme chacun sait, dans la maison forestière d’Ighbal, à Ifri, non loin d’Ighzer Amo-krane, sur la rive gauche de la Soummam, à quelques kilomètres d’Akbou, le 20 août 1956.

Le procès-verbal de la première séance donne la liste des membres présents.

« Les membres présents étaient :
– BEN M’HIDI, représentant de l’Oranie (président de Séance),
– ABBANE, représentant le F.L.N. (secrétaire de séance),
– OUAMRANE, représentant de l’Algérois,
– KRIM, représentant de la Kabylie,
– ZIROUT, représentant le Nord-Constantinois,
– BENTOBBAL, adjoint de Zirout.

Membres absents :
– BEN BOULAID, représentant des Aurès-Nemenchas,
– SI CHERIF, représentant le Sud (excusé après avoir adressé son rapport à la réunion). »

Les congressistes n’avaient pas la certitude absolue de la mort de Ben Boulaid, qui remontait à cinq mois, ce qui explique que son nom figure dans cette liste.

Comme on le voit, le Congrès se réduit à six membres. En dehors des séances, ceux-ci se retrouvaient chacun avec d’autres membres de sa zone : Ali Kafi et Mos-tefa Ben Aouda avec Zirout et Ben Tobbal, Saïd Mohammedi et Aït Hamouda Amirouche avec Krim (zone 3), Déhilès, Si M’hammed Bouguerra et Ali Mellah avec Ouamrane (zone 4). Chaque chef de zone présenta un état de la situation : effectif des moudjahidine, armement, état d’esprit des combattants et de la population.

Les décisions organiques

Les zones furent remplacées par six wilayate découpée chacune en zone (mintaka), secteurs (nahia), région (kisma), chacune d’entre elles dirigée par quatre membres selon le principe de la direction collective.

Le Conseil de wilaya comprenait un colonel politico-militaire assisté de trois commandants : militaire, politique, liaisons et renseignements. Le secteur sanitaire était rattaché au Conseil de wilaya.

Pour les unités, elles allaient depuis le demi-groupe composé de 4 hommes commandés par un caporal jusqu’au bataillon de 350 hommes commandés par un colonel. Allergiques au culte de la personnalité qu’ils venaient de vivre récemment dans le conflit Messali-Comité central, les congressistes décidèrent qu’il n’y aura pas de grade de «général» jusqu’à la libération.

A la tête de chaque douar fut désignée l’assemblée du peuple de 4 membres avec un Président s’occupant de l’état-civil, de la justice, des finances, du ravitaillement et de la police. En réalité cette infrastructure subira des transformations au cours de la guerre mais le cadre général sera maintenu.

Le problème crucial de l’armement revenait sans cesse dans les débats, et le bilan de la délégation extérieure à ce sujet fut jugé négatif. Le congrès se résolut à la seule décision révolutionnaire : prendre les armes là où elles sont, c’est à dire chez l’ennemi.

CNRA et CCE

Le Congrès procéda à la désignation des organes de direction : CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne) et le CCE (Comité de coordination et d’exécution). Le CNRA, parlement du FLN, joue le rôle de direction suprême du mouvement. Il prend des décisions d’orientation politique, militaire, économique et sociale, en même temps que celle d’une assemblée législative, symbole de la souveraineté nationale. Il désigne l’exécutif : CCE. Il engage des négociations avec l’adversaire, se prononce sur la guerre et la paix.

Le CNRA, désigné par le Congrès de la Soummam se composait de 34 membres : 17 titulaires et 17 suppléants :
Membres titulaires Membres suppléants
1 – Mostefa Ben Boulaïd 1 – L’adjoint de Ben Boulaïd
2 – Youcef Zirout 2 – Lakhdar Ben Tobbal
3 – Belkacem Krim 3 – Saïd Mohammedi
4 – Amar Ouamrane 4 – Slimane Dhiles
5 – Med Larbi Ben M’hidi 5 – Abdelhafid Boussouf
6 – Rabah Bitat 6 – Ali Mellah
7 – Mohammed Boudiaf 7 – Saâd Dahlab
8 – Ramdane Abbane 8 – Salah Louanchi
9 – Ahmed Ben Bella 9 – Mohammed Ben Yahia
10 – Mohammed Khider 10 – Abdelhamid Mehri
11 – Hocine Aït Ahmed 11 – Tayeb Thaalibi
12 – Med Lamine Debbaghine 12 – Mohammed Lebdjaoui
13 – Idir Aïssat 13 – Ahmed Francis
14 – Ferhat Abbas 14 – UGTA à désigner par le CCE
15 – M’hamed Yazid 15 – Aïssa …
16 – Benyoucef Ben Khedda
17 – Ahmed Tewfik El Ma-dani

Si l’on examine la liste du CNRA, titulaires et suppléants, 34 membres, elle est composée des
– 6 chefs de wilaya et leurs adjoints sauf la wilaya 6 sans adjoint (11),
– Abbane : représentant du «FLN» (cf. le PV),
– Les membres de la délégation extérieure : Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider (4),
– Les «centralistes» : Ben Khedda, Dahlab, Aïssat, Yazid, Louanchi, Mehri (6),
– L’UDMA : Abbas, Francis (2),
– L’association des oulama : Tewfik El Madani, Mezhoudi (2).

Les éléments du PPA-MTLD sont nettement majoritaires. Les membres appartiennent à différents milieux : paysans, intellectuels, étudiants, syndicalistes, islamistes, image de l’Union nationale réalisée en pleine guerre. Le parti communiste algérien a été écarté ayant refusé de se dissoudre comme les autres partis.

L’ALN fut uniformisée dans sa structure et sa hiérarchie. Sur le plan de la justice, aucun officier, quel que soit son grade, n’a le droit de prononcer une condamnation à mort. Des tribunaux furent crées à l’échelle secteur et zone pour juger civils et militaires. L’accusé avait le droit de choisir sa défense. Egorgement et mutilation de cadavres étaient formellement interdits, de même que l’exécution de prisonniers de guerre (précautions de principes qui malheureusement seront souvent violées).

La plate-forme de la Soummam

La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique 20 mois après le déclenchement de l’insurrection, fixe les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir. En outre, elle pose le problème des négociations et les conditions de cessez-le-feu qui serviront de base, cinq ans plus tard, aux négociations d’Evian :
1 – Reconnaissance de la Nation Algérienne une et indivisible (opposée à la fiction coloniale de «l’Algérie française» et à toute idée de partage ethnique ou confessionnel).
2 – Reconnaissance de l’Indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté pleine et entière, dans tous les domaines, y compris la Défense nationale et la diplomatie (contre le principe de l’autonomie interne concédé par la France à la Tunisie et au Maroc).
3 – Libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés pour activité politique ou armée.
4 – Reconnaissance du FLN comme seul représentant du peuple algérien et seul habilité à toute négociation. En contre-partie le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien.
«Seul le CNRA est habilité à ordonner le cessez-le-feu dans le cadre fixé par la Plate-forme». Proclame la Plate-forme de la Soummam.
L’étude d’un «gouvernement provisoire» et sa proclamation fut laissée à l’initiative du CCE.

Face à la propagande de la France qui accusait le FLN d’être au service d’une puissance étrangère, la Plate-forme de la Soummam définit ainsi la Révolution : «La Révolution algérienne est un combat patriotique dont la base est incontestablement de caractère national, politique et social. Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni a Washington». L’allusion au «Caire» déplut fortement à Abd-Ennasser qui voulait se faire passer pour le «tuteur de la Révolution algérienne».

Certes il n’y a pas eu de doctrine mais un effort pour combler le vide idéologique et politique existant : ce n’était qu’une plate-forme : Elle ne pouvait que fixer les objectifs stratégiques de la guerre et les moyens d’y parvenir, notamment les conditions du cessez-le-feu. Son mérite aura été d’avoir fourni aux militants et aux cadres du FLN, à l’extérieur comme à l’intérieur, des repères d’orientation clairs et fermes pour la poursuite du combat.

Le principe de la nation algérienne, partie intégrante du Maghreb arabe, fut solennellement proclamé.

Vis à vis de la minorité européenne et juive le droit d’opter pour la nationalité algérienne est reconnu à titre individuel et sur demande de l’intéressé.

Ce qui a honoré la Révolution algérienne, c’est qu’il n’y a jamais eu de pogrom anti juif. Le boycott des commerçants juifs fomenté par des provocateurs fut étouffé dans l’œuf par le FLN dès 1956. Pas de profanation de synagogues, ni d’églises au cours des 7 années et demi de guerre, malgré la participation active d’éléments juifs et chrétiens à la répression.

La Plate-forme de la Soummam a fait connaître au monde le visage d’une Algérie luttant pour une cause juste, dépourvue de chauvinisme et de haine raciale, ouverte à tous ses habitants, y compris aux non-musulmans, tournée vers l’avenir.

On a reproché au Congrès de la Soummam de n’avoir pas approfondi l’idéologie de la Plate-Forme, notamment son côté social. Le problème qui se posait alors n’était pas d’ordre idéologique mais une question de survie pour le peuple algérien ; le problème était : «colonialisme» ou «indépendance».
On a reproché aussi au Congrès de ne pas s’être prononcé pour le «socialisme». Le problème n’était pas dans l’alternative «colonialisme» ou «socialisme» mais encore une fois dans l’alternative «colonialisme» ou «indépendance».

Des islamistes, aujourd’hui, ont reproché de leur côté au Congrès de ne pas s’être prononcé pour «Etat islamique». S’il en avait été ainsi, le Congrès se serait séparé entre pro-islamiques et anti-islamiques, entraînant l’éclatement du FLN, pour la plus grande joie du colonialisme, les armes se seraient retournées entre frères ennemis.

Les insuffisances du Congrès

Il y a eu d’abord les absences : celle de la wilaya des Aurès-Némencha et celle du chef de la base de l’Est, Amar Bouglez. Le conflit opposant ce dernier à la wilaya 2 pour le contrôle de cette route des armes va s’en trouver aggravé.

Boussouf, l’adjoint de Ben M’hidi à la tête de la wi-laya 5 et pratiquement le chef, contesta les décisions du Congrès et reproche à Ben M’hidi d’avoir engagé la wilaya pour des questions «engageant l’avenir du pays», alors qu’il aurait été délégué pour «des questions d’ordre organique et de coordination».

Pour Boudiaf, le Congrès de la Soummam fut un véritable «magma». Ben Bella contestera la présence de «certaines personnalités» au CNRA («centralistes», UDMA, les oulama), la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et la primauté du politique sur le militaire. Cet avis fut partagé par Mahsas.

Le point de la situation militaire ne fut pas fait. L’on se contenta de dresser le bilan de chaque wilaya en armes, hommes, finances sans tenter d’évaluer l’ensemble des forces en présence, algérienne et françaises, d’étudier le problème de la guérilla et son évolution. Certes, la force de l’ALN c’était la connaissance du terrain, les unités légères, la mobilité, l’appui de la population, mais il n’y avait pas une stratégie pour la simple raison qu’il n’y avait pas encore de commandement militaire unifié. La grande préoccupation des maquisards et du Congrès était de se procurer des armes et d’étendre le conflit à tout le territoire. On était à la veille d’une guerre d’extermination. L’élaboration d’une stratégie militaire dans ces conditions était une impossibilité ; les congressistes n’avaient pas une claire vision des étapes à parcourir……..