Sonelgaz.

L’entreprise algérienne a passé un contrat de 290 millions de dollars avec une société allemande au bord de la faillite…

Avant-hier, des titres de la presse nationale ont rapporté que l’actuel P-DG de Sonelgaz, Noureddine Bouterfa, et son prédécesseur, ainsi qu’une quinzaine de cadres du secteur, ont été placés sous contrôle judiciaire pour «violation» du Code des marchés publics concernant les deux centrales électriques de Terga (Aïn Témouchent) et Koudiat Edraouech (El Tarf).
Ces faits par interviennent à peine quelques jours après des déclarations faites par des responsables de Sonelgaz, annonçant avoir accusé une perte évaluée à 79 milliards de dinars comptant pour son exercice de l’année 2012. Quelque temps après, un article de Bloomberg (Agence américaine spécialisée dans l’information financière), annonce la résiliation d’un contrat d’un montant de 290 millions d’euros entre Sonelgaz et la firme allemande Centrotherme. Ces deux événements ont attiré ma curiosité et m’ont incité à écrire cet article qui se déclinera en trois parties. La première portera sur quelques commentaires à propos des résultats financiers de Sonelgaz durant l’année 2012. La seconde partie s’intéressera au contrat de 290 millions et la faillite de Centrotherme. Enfin, la dernière partie sera une comparaison entre les prix du gaz et de l´électricité consommés par les foyers algériens et leurs homologues suédois.

Résultats financiers de Sonelgaz en 2012
Le président-directeur de Sonelgaz, Noureddine Bouterfa, vient de déclarer que son entreprise a perdu 79 milliards de DA soit exactement l’équivalent exact de un milliard de dollars américains pour l´exercice de 2012. Cependant, M.Bouterfa n’a présenté ni bilan, ni compte de résultats, ni cash-flow. Il a juste rappelé que Sonelgaz n´est pas à sa première «débâcle» puisque, d’année en année, elle cumule les pertes. Mais admirons plutôt l’extrême tolérance que montrent les dirigeants politiques algériens envers les chefs des entreprises publiques. Qu’une entreprise fasse de mauvais résultats est une chose tout à fait normale dans la vie des sociétés, mais que les responsables politiques se taisent et regardent ailleurs, c’est grave! Malgré les pertes répétitives d´une année à une autre et malgré les scandales financiers liés souvent à cette opacité, aucun patron d´une société publique algérienne n´est obligé de déclarer les résultats en chiffres du bilan, des comptes de résultats ou des cash-flows de son entreprise. Une perte de 79 milliards de DA accusée par l’une des plus grandes entreprises publiques du pays sans que cela ne suscite la moindre réaction de la part du ministre de l´Energie ni celle du Premier ministre, encore moins celle des parlementaires! Nous sommes dans notre droit le plus absolu de nous poser des questions: comment se fait-il qu´une compagnie étatique de gaz et de l´électricité comme Sonlegaz, qui évolue dans un terrain sans aucune concurrence et malgré ce quasi-monopole, elle enregistre des chiffres en rouge? C´est une chose qui n´est pas normale. En Suède, par exemple, lorsqu’une entreprise étatique affiche des résultats en rouge en l’espace de trois années d´exercice consécutives, les politiciens suédois procèdent à un changement de l´équipe dirigeante de cette compagnie. Voila un modèle de gouvernance.

La faillite de Centrotherme
Au début de l´année 2011, Sonelgaz avait signé un contrat d´une valeur de 290 millions d´euros avec une entreprise allemande appelée Centrotherme Photovoltaics AG, spécialisée dans le domaine des équipements pour l´exploitation de l´énergie solaire. L´entreprise allemande avait pour mission, la construction d´une usine pour la fabrication de panneaux solaires et la zone industrielle de Rouiba a été choisie comme lieu d´implantation de cette usine.
L´événement était annoncé en fanfare par les médias algériens à l´époque. En commentant cet accord passé avec les Allemands, il faut dire que le P-DG de Sonelgaz, Noureddine Bouterfa, a fait rêver des millions d´Algériens en décrivant ce futur eldorado appelé Desertec. Admirons encore les belles paroles prononcées par cet orateur au début de l’année 2011. «En 2011, nous sortirons les premières pièces de rechange turbines fabriquées en Algérie. Pour l’usine de Rouiba, nous serons compétitifs dans la fabrication des panneaux solaires, plus compétitifs que les Européens. Nous ne sommes pas loin des prix les plus bas, ceux pratiqués par les Chinois.» Ou encore «Ce plan permettra la création de 200.000 emplois directs et indirects en Algérie.» Et de plus belle encore: «60 milliards de dollars seront orientés vers le marché local d’ici à 2030. Il n’est pas question de développer le marché de l’exportation à partir de ressources locales. Il faut d’abord trouver le marché, les partenaires et les financements extérieurs». Mais quelques mois après la signature de ce contrat algéro-allemand, l´étoile de la firme allemande commence à pâlir, le cumul des dettes, l´effrontément du titre boursier de Centrotherme á la Bourse de Frankfurt et finalement, un beau matin du mois de juillet 2012, Centrotherme déclare entrer sous la protection du chapitre 11.
Ce qui signifie une faillite bien organisée qui donne le droit à l´entreprise de se reconstituer et les perdants sont les actionnaires, les clients et enfin les mieux lotis étaient les créanciers. Dans cette histoire de faillite de Centrotherme, Sonelgaz qui se trouve dans la file des perdants doit porter le blâme sur elle-même. Explication: comment se fait-il que Sonelgaz signe un contrat de 290 millions d´euros avec une compagnie dont les capitaux propres étaient évalués à 326 millions? Comment est-t-il possible que Sonelgaz signe un contrat de 290 millions d´euros avec une entreprise cotée en Bourse qui n´a pas versé des dividendes de 2007 à 2010, et qui, durant cette même période, son bénéfice n´a jamais atteint les 50 millions d´euros? Le 31 décembre 2011, la valeur de Centrotherme sur le marché était de 210 millions d´euros, et aujourd’hui (le 17 juin Ndlr) elle vaut 26 millions d´euros. Autres questions: pourquoi Sonelgaz a-t-elle gardé le silence sur la faillite de son partenaire allemand et pourquoi n´a-t-elle pas demandé des dommages et intérêts auprès de Centrotherme en juillet 2012? Existe-t-il dans les clauses du contrat, le cas de faillite du partenaire signataire? A notre connaissance, lorsqu´une entreprise A veut signer un contrat avec l´entreprise B, les experts financiers de l’entreprise A font une analyse ou une étude financière très approfondie sur la situation financière de l´entreprise B et les experts financiers de l´entreprise B font la même chose avec l´entreprise A.

Remise en question de la subvention de l’Etat
Le fameux projet Desertec vient de tomber à l´eau et en même temps on réalise aujourd´hui que le P-DG de Sonelgaz nous avait vendu du vent…
On est arrivé à avoir des doutes sur les prétendues subventions des prix du gaz et de l´électricité pratiquées par Sonelgaz lorsqu’on a abordé ce sujet avec des proches et des amis vivant en Algérie.
Ces derniers nous ont informés sur les prix pratiqués par Sonelgaz, et en faisant une comparaison avec le prix d´électricité consommé et payé par les foyers suédois, on est arrivés aux conclusions suivantes.
Comment peut-on dire que l’Etat subventionne l´électricité consommée par les foyers algériens lorsqu’on apprend à travers les personnes interrogées appartenant à différentes classes sociales que la facture d´électricité en Algérie représente entre 25 et 40% du salaire d´un ouvrier moyen?
Une maison suédoise de 122 mètres carrés avec cinq pièces équipées d´une multitude de matériels électriques très variés dont la cuisinière et le matériel de fitness, le locataire ou le propriétaire de cette maison paye une moyenne de 625 couronnes suédoises; la facture mensuelle de l´électricité (c´est l´équivalent de 6850 dinars algériens). Le chauffage n´est pas inclus dans la facture.
Le propriétaire d´une maison algérienne de six pièces avec une surface de 140 mètres carrés, paye en moyenne 11.500 dinars la facture bimensuelle d´électricité et du gaz. Rappellons que le salaire d´un ouvrier suédois est entre 7 et 10 fois supérieur au salaire d´un ouvrier algérien. N’ y a-t-il pas un mensonge dans la marchandise que nous vend Sonelgaz?

Noureddine legheliel : analyste boursier aupres de Carnegie